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Les d'hiver et d'été Visite chez Martin Pauli
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Sur le Forum, ALGADO nous gratifie d'une magnifique visite à ANGULAR MOMENTUM : Martin PAULI nous montre, dans son atelier à Berne, comment un artisan peut encore fabriquer des montres vraiment personnelles.

Voici son récit :

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Tout commence par la visite de Morat en touriste.
 

(Vous savez, le Péril Suisse, la rouste à Charles 

http://dijoon.free.fr/charles3.htm ) &:swiss:

Ambiance médiévale, japonais et swizerdutch associés je fais quelques photos; ici les boutiques ce serait plutôt "Diesel" ou "Dolce Gabana"…

Une boutique attire mon attention : "Nous deux". C'est un atelier de bijouterie original avec une vieille voiture toute rouillée à l'intérieur.
 


http://www.lesdeux.ch/


Dans leur vitrine, celle de gauche est horlogère

 

Et là une montre m'avait spécialement accroché :

Je suis séduit par le graphisme particulièrement réussi de cette montre.
 

J'entre et je demande s'ils fabriquent ces montres ils me disent que non, ils sont créateurs de bijoux et dépositaires. L'adresse du créateur n'est qu'à 10 minutes d'autoroute, c'est facile à trouver etc… etc.

Me voilà en route pour Berne. Le bâtiment en photo sur la plaquette est particulier et je ne vais pas être déçu.

GPS sur ON les services secrets américains m'emmènent au mètre près devant un ascenseur en plan incliné qui doit dater des années 30 mais qui est le seul moyen d'éviter 182 marches d'escalier en ligne droite !

 
Une fois enfermé dans la cabine sans toiture on se demande s'il n'y a jamais eu de James Bond tourné ici. Idéal pour la mitraillette et les plans spectaculaires. Le mec finit dans les rouages au fond et à la dernière seconde le commis de la Reine sauve la nunuche pas encore débourrée par notre héros.

En effet le timing de Pinewood studio ne permet pas de relations sexuelles avant la 11ème minute ; faut garder le rythme du film !

Une divagation plus tard et quelques sérieuses difficultés pour ouvrir la porte de mon monte charge j'entre directement, de plein pied, dans un atelier boutique ou un homme affable me tends la main. 007 s'envole à tire d'ailes.

Je visite l'atelier et mon hôte sort ses collections. L'ambiance est sympathique et simple. Pas de chichis, pas de gants blancs. Les montres qui me sont présentés sont toutes des prototypes.
 

Sur l'établi trônent quelques montres en cours de travail et quelques autres emballées prêtes à être expédiées.

et une réussite qui plait à tous les undergrounds mais pas aux horloger :

Et une Illum Aqua en cours de finition ci-dessous
 

Nous discutons des différents choix et j'improvise une petite interview qui je vais essayer de retranscrite au plus près. Mon hôte parle un bon français fédéral mais c'est déjà nettement mieux que mon allemand déficient :

 

Qu'est ce qui vous a poussé à devenir manufacturier indépendant ?

MP: C'était un peu le hasard. Pendant de nombreuses années j'ai fabriqués des couteaux (custom knifes) et aussi des bijoux exclusifs.

 

Depuis quand êtes vous à votre compte ?

MP: Il y a 12 ans. J'ai eu la chance, grâce à un brevet sur le disque rotatif, de pouvoir lancer le projet Angular Momentum.

 

Travaillez vous seul ?

MP: Oui, je travaille seul pour Angular Momentum. Mais je travaille aussi pour d'autres horlogers indépendants.

 

Dans votre atelier on ne trouve pas de CNC ni de machines très modernes ?

MP: Je travaille exclusivement avec de vieilles machines. Les tolérances sont de 0.03mm, pour la production de montres c'est optimal. Sur des machines anciennes, on peut travailler rapidement. Avec les CNC il faut une mise au point complexe, c'est pour une production de masse.

Aujourd'hui, les montres sont presque exclusivement fabriquées mécaniquement mais automatiquement et le finissage est fait par des robots. Je pense que ce n'est pas très bien.


Quelles sont les parties que vous sous-traitez et quelles sont celles que vous réalisez vous-même ?

MP: Sauf la fabrication des verres et des mouvements qui sont en général des ETA, tout est fabriqué dans mon atelier : les couronnes, les cadrans, les aguilles, les boîtes.

Je réalise aussi toutes les opérations artisanales comme les gravures, des peintures etc.

Certaines modifications nécessaires du mouvement sont également faites en ateliers.

 

Le verre églomisé est une de vos passions on dirait ?

MP: Exactement. J'ai étudié la peinture scientifique dans l’école d’art de Berne. Il y a quelques années j'ai découvert un processus pour faire des peintures sur verre saphir : c'était la naissance du verre églomisé.


Cette technique vous permet de fabriquer des montres "sur demande" avec les motifs du client ?

MP: C’est juste. Je fais souvent des portraits pour des clients en Russe ou les pays arabes. L'Orient et le Moyen Orient ont une culture qui aime le détail et la représentation. C'est différent chez nous. Nous préférons un design plus épuré. En Corée par exemple, la symbolique est très importante et porter un signe du Tigre a une signification profonde que nous ne comprenons pas toujours.

En Russie les icônes sont encore très présentes et arborer un dessin iconographique est une distinction identitaire importante.

 

J'ai vu des cadrans en relief, pouvez vous m'en parler un peu ?

MP: Mes spécialités sont des travaux de gravure sur métal et la laque japonaise. Cela se retrouve donc dans certaines montres.

 

Vous travaillez aussi l'émail pour vos aiguilles, pourquoi ce matériau ?

MP: Pour les aguilles, j'utilise seulement l’émail lumineux. Vous pouvez voir le résultat ! (Il place une emblématique plongeuse sous une lampe et nous emmène dans un réduit)

Voyez cette luminosité ? Ce n'est pas radioactif mais organique. Après dix minutes, la montre permet de lire l'heure sans lumière pendant 37 heures ! Je peux faire varier les couleurs, j'ai trouvé des pigments rouges; tous ne sont pas de même qualité mais certains durent plus longtemps ( le vert) d'autre sont plus lisibles (le bleu). C'est un mixte qui donne le meilleur résultat.

NDRL: C'est vrais sans doute mais je relève le design particulièrement "immédiat" en lecture : l'essentiel saute aux yeux sans fioritures; j'aime cette Illum et je suis donc vite convaincu.

 

Ces montres "déco" ne sont pas très à la mode en occident.

MP: C'est vrai. (Sourire)

 

Qui sont les acheteurs de ces montres peintes ?

MP: Les montres avec un verre églomisé miniatures je les fabrique en général pour des oligarques russes, pour les royautés arabes et pour des clients en chine et Vietnam.

Mais il arrive aussi que celles-ci soient vendues à des clients en Europe et USA.

Mes clients ne sont pas réellement des "Watch Collectors". Il ya surtout des amateurs d'art et des amoureux du métier ou des relations horlogères : comme par exemple Bovet, Corum ou JLC.
Actuellement je travaille sur une édition limitée de téléphone mobile avec des peintures pour MOBIADO.

NDLR : Je me demandais ce que faisait ce portable démonté sur son établi J

 

Vous avez réalisé des modèles uniques à la demande des clients, avez-vous des anecdotes pour expliquer votre façon de réaliser son désir ?

MP: Il existe de nombreuses histoires. J (Sourire)

Un jour j'étais en train d'écouter CD dans mon studio. C'était un morceau de Nils Landgren un musicien de jazz de la Suède. A ce moment là le téléphone sonne et qui était à l'autre bout du fil : Nils Landgren ! 
14 jours plus tard, je lui ai envoyé la montre Illum AQUA qu'il avait commandée !

Il est vrai par ailleurs que nous avons de nombreux clients de la scène jazz et la musique classique

Je pense à une autre histoire :

Un client de Shanghai m'avait envoyé un e-mail. Il venait d'être le père d'une fillette. Elle était née dans l'année du Tigre (2010) et son nom se traduit par “diamant bleu”. Ce client cherchait un cadeau spécial pour cet événement.

J'ai été en mesure de produire pour lui une montre spéciale avec des diamants tout autour et un verre églomisé miniature d'un bébé tigre bleu.

 

Combien de montres fabriquez-vous par an ?

MP: Cela va de 250 à 300 pièces par an. Je suis organisé pour pouvoir produire une montre en un jour. Cela ne compte pas le temps de réflexion et la conception.

 

Jusqu'ici vous n'avez jamais produit de montres "certifiées chronomètre" (CSOC). Pourquoi ceci ?

MP: C'est vrai.

L'industrie horlogère a fait d'excellents progrès ces dernières années en particulier dans la métallurgie.

Un mouvement stable de l'ETA, par exemple, peut être réglé sur le point.
Aujourd'hui Les variations de vitesse sont marginales. Il ya 20 ansc'était différent ; Il ya plusieurs années j'ai eu une Rolex. Un jour, elle tomba sur le sol la montre est allé plus vite de 2 heures par jour.

Mais si un client veut une montre CSOC, le client est roi! (sourire)

 

Que pensez vous de la politique de Swach Group de supprimer la production de mouvement ETA pour les indépendants ?

MP: Oui, cela à été l'une des plus grandes erreurs du Swatch Group. A l'origine, ils ont voulu contrôler la concurrence mais dans un temps très court de nouveaux fabricants ont émergé pour les mouvements et des ressorts… Affaire à suivre.

 

Quel est votre avis sur les "emboîteurs" ? Pensez vous qu'il y a un avenir hors des grandes manufactures ?

MP: Nous les voyons déjà aujourd'hui émerger dans différents domaines : la technologie médicale, la micromécanique. Je sais que de nombreux fabricants de boites en Suisse travaillent pour de nombreux clients dans ces domaines diversifiés…

Pour ma part je pense qu'il faut de l'imagination et servir le client.

 

Vous recherchez actuellement une boutique en ville de Berne ?

MP: Oui, mais il est très difficile de trouver un objet, difficile aussi en raison des exigences des assurances…

 

Nous discutons encore un peu le la montre qui me plairait et de sa réalisation. Je suis pour un chronomètre, nous parlons d'une série limitée estampillée CSOC et il me promet d'étudier la question de près.

En regardant toutes ces montres sur l'établi et je me dis que ce mec quand même de la chance : avoir réussi à se lancer et à produire des montres dont certains rêvent.

J'ai passé un après midi agréable en compagne d'un homme inventif et plein d'imagination, simple et d'un abord agréable. Je vous recommande la visite de son atelier dont l'ascenseur ne s'arrête pas toujours au bon endroit ; mais quelle belle mécanique !

Matin Pauli est-il horloger ? Designer ? Emboîteur ? Joaillier ? Sans doute un peu de tout cela sans être trop arrêté sur une définition. Il accompli ce que l'horloger a toujours su faire : donner à la fois l'heure et un peu de rêve à porter sur un poignet qui veut en dire un peu plus.

Pour le reste…
 

 
Liens :

http://pop.zoshow.com/men/22290.html (Pour ceux qui ne sauraient pas qu'il y a une autre esthétique)

[link=http://www.angularmomentum.com/]Angular Momentum[/link]

 

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Pour suivre la discussion, c'est ICI.

 

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