Livre par François LECOULTRE (ancien professeur à l'École d'Horlogerie de Genève).
Publié par les Éditions A. Simonin, BP 118, CH-2006 Neuchâtel, Suisse
Nombre de pages : 256
Ce livre traite des complications que l'on trouve dans les montres :
- Secondes mortes
- Chronographe
- Sonnerie
- Quantièmes
- Équation du temps
Les dessins sont peu nombreux (54 en tout), et le texte est parfois assez obscur.
Mais c'est un des seuls livres qui explique de façon détaillée ces complications.
Préface
Les montres compliqueés, voici un livre qui vient combler une lacune dans la bibliographie horlogère.
Les «orologeurs» ont, dès le début, cherché à adjoindre à la montre simple, d'autres mécanismes destinés à une indication plus exacte du temps. Ces pièces prirent le nom de «montres compliquées».
Au milieu du XVIIme siècle, on voit bon nombre de montres, dites astronomiques, où l'on pouvait lire le quantième du mois, les jours de la semaine qui étaient représentés par les cinq planètes connues dès l'antiquité, plus le soleil et la lune pour le dimanche et le lundi, puis les mois. Une autre partie du cadran donnait la révolution synodique de la lune et les phases lunaires. Jean Rousseau (1606-1684), l'arrière-grand-père de Jean-Jacques, établit de telles montres. Plusieurs de ces pièces avaient en plus un mécanisme de réveil. D'ailleurs la construction d'une montre-réveil était obligatoire à Genève dès 1601, pour l'obtention de la maîtrise. A une telle montre astronomique et à réveil, Jean-Baptiste Duboule, horloger genevois (1615-1694), ajouta la sonnerie des heures au passage sur un timbre cloche. C'était bien une montre compliquée.
Une invention qui suivit et fut la plus utile, c'est celle du mécanisme de sonnerie pour les heures et les quarts, à la volonté du propriétaire de la montre, connu sous le nom de «répétition». On la doit, simultanément à deux horlogers anglais : Barlow et Quare, en l'an 1676. Pendant près d'un siècle, les montres à répétition se construisirent selon le principe de leurs inventeurs, mais au XVIII— elles furent perfectionnées par deux horlogers français, en 1741 par Thiout l'aîné, puis, plus tard, par Julien Le Roy.
A Genève, il se fabriquait beaucoup de ces montres, mais l'ébauche et la cadrature furent petit à petit l'apanage d'ouvriers établis en dehors de la localité. En 1786, avec l'appui de la Société des Arts, il fut créé une fabrique de cadratures ayant pour but de former en tout premier des apprentis qui, par la suite, construiraient de telles pièces. Il s'en forma en effet plusieurs, les horlogers subventionnèrent cette organisation qui coûta beaucoup d'argent à la Société. Mais en 1792, à la suite de troubles politiques, la Société ayant été forcée de suspendre ses travaux et ses séances, la fabrique, privée de son appui, dut fermer ses portes. Et les ébauches des cadratures continuèrent de se fabriquer en dehors de Genève.
En 1839, alors que l'École d'Horlogerie existait déjà depuis quinze ans, il fut proposé d'envoyer les élèves pendant six mois à la Vallée de Joux, pour apprendre la cadrature. On préféra créer une classe spéciale qui s'ouvrit en 1842. Malgré tous ces efforts, c'est à la Vallée de Joux que, depuis le milieu du XVIIIme siècle, s'était concentrée la fabrication de la cadrature de répétition, ainsi que les autres mécanismes s'appliquant aux montres compliquées. C'était dans cette vallée vaudoise que se construisaient ces beaux mouvements, terminés ensuite à Genève ou dans d'autres villes horlogères de la Suisse et exportés ensuite dans le monde entier.
La rigueur des longs hivers dans cette haute vallée y favorisa l'ouvrage sédentaire et la réflexion personnelle; loin des bruits et des excitations de la ville, ayant une vie calme et simple, et travaillant ordinairement chez lui, l'artisan horloger s'attachait à sa besogne et cherchait à la perfectionner. Aussi devons-nous beaucoup à tous ces artistes, dont la plupart resteront toujours inconnus. Qui ne sera pris d'admiration en examinant le merveilleux mécanisme d'une grande sonnerie ou d'un quantième perpétuel.
Au point de vue bibliographie, cette branche de l'industrie horlogère est pauvre. C'est très naturel, car les artistes exécutant de telles pièces, étaient des limeurs à la «belle main», ils n'étaient pas habitués à tenir la plume.
Nous retrouvons bien dans des traités anciens tels que Thiout où «l'Essai sur l'Horlogerie», de Ferdinand Berthoud, paru en 1763, des planches fort bien faites, représentant la cadrature de la montre à répétition à quarts, mais elles n'ont qu'un intérêt historique. Plus tard, en 1804 (an XII), avec l'appui de la Société pour l'Avancement des Arts de Genève, il fut publié un petit livre, non illustré, intitulé « Essai sur les montres à répétition» dans lequel on traite toutes les parties qui sont en rapport à cet art, en forme de dialogue, à l'usage des horlogers, par François Crespe.
Le XIXme siècle ne nous laisse rien de très intéressant sur ce sujet. Moinet publie quelques dessins finement gravés des montres à répétition de Berthoud, de Lépine, de Breguet, des anciens réveils de Thiout, Lepaute, des montres à équation du temps. A remarquer que Claudius Saunier, dans son admirable «Traité d'horlogerie moderne», paru en 1861, est presque muet sur les montres à répétition.
Le «Journal Suisse d'Horlogerie» publia de nombreux articles, tant sur les montres à répétition, les chronographes ou les quantièmes. Les plus complets sont ceux sur l'Etablissage et le repassage des montres à répétition de John Huguenin, paru en tirage à part en 1883 et en deuxième édition en 1897. Cet auteur publia de la même manière, «l'Etablissage et le repassage du chronographe», en 1907. John Huguenin, lors de sa première publication, était maître de repassage à l'École d'Horlogerie de Genève. D'autres articles traitent de parties détachées de ces complications.
Citons encore le «Traité des sonneries», d'Emile James, ancien doyen et professeur de théorie à l'Ecole d'Horlogerie de Genève et la « Réparation des montres compliquées», de B. Hillmann. De tous ces livres, aucun ne traite la question entièrement. Etre complet dans un tel domaine, si complexe, est impossible, car la diversité des mécanismes est très grande et, dans bien des pièces, plusieurs mécanismes compliqués sont venus se superposer. Il manquait donc un travail descriptif qui permit, aux jeunes surtout, de se familiariser avec les montres appelées, à juste titre «compliquées».
Nul autre, mieux que M. François Lecoultre, ne pouvait traiter cette question si délicate, car pendant toute sa carrière féconde, il ne cessa de s'occuper de pièces compliquées.
Originaire et né dans cette Vallée de Joux, plus exactement au Brassus, dès son enfance il eut l'exemple sous les yeux. Dans ce milieu familial, l'enfant, aux dons naturels, accrus par l'hérédité, stimulé par les leçons et l'exemple paternels, sent s'éveiller en lui la vocation et s'initie de bonne heure aux difficultés de son futur métier. M. F. Lecoultre commença son apprentissage chez un «blantier», c'est-à-dire un fabricant d'ébauches de mouvements faits à la main. C'est ensuite avec son père qu'il confectionna des remontoirs. Son père, Emile Lecoultre, est devenu par la suite le directeur estimé de l'Ecole d'Horlogerie de la Vallée de Joux.
Puis, il fallait apprendre à fond la construction des montres compliquées. M. F. Lecoultre fit alors un stage de deux ans, exclusivement pour les cadratures à minutes, avec Louis Golay, devenu plus tard maître des pièces compliquées à l'Ecole d'horlogerie du Locle. Ce fut ensuite l'étude des chronographes chez un ouvrier spécialiste, puis le pivotage et le repassage. Pendant 20 ans, M. F. Lecoultre a ensuite travaillé dans des fabriques d'horlogerie sur le repassage des pièces compliquées.
C'est en 1906 que j'eus le plaisir de faire sa connaissance et nous avons travaillé l'un à côté de l'autre dans la maison «Golay Fils & Stahl»; j'eus alors l'occasion de me rendre compte de ses grandes connaissances et aptitudes. Aussi, lorsqu'en 1911 une place était à repourvoir à l'Ecole d'Horlogerie de Genève pour le poste de maître de la classe des remontoirs et cadratures, je le vis avec plaisir poser sa candidature, étant moi-même, à cette époque, membre de la Commission de surveillance de cette école. Pendant vingt-quatre ans, M. F. Lecoultre forma des jeunes gens et leur donna le goût du beau et du bien fait qu'il possédait au plus haut point. Au début de sa carrière de maître, on construisait encore la cadrature à quarts, mais en 1916, malgré les difficultés, on la remplaça par celle à minutes. Toutefois, la répétition à minutes ne se vendant plus, on modifia le programme des élèves en établissant un chronographe-compteur. Toutes les pièces s'exécutaient à la main, ce qui était un excellent exercice de limage pour les élèves. Ce fut d'abord un chronographe-compteur demi-instantané. Puis aidé de conseils de membres dévoués de la Commission de Surveillance de l'Ecole, spécialistes des montres compliquées, tels que Ulysse Montandon- Robert et plus tard Eugène Golay, M. F. Lecoultre créa un chronographe-compteur instantané qui ne nuit nullement à la marche de la montre. Avec quel amour du métier ces Messieurs discutaient de très petits perfectionnements qu'on pourrait apporter.
En 1920, M. F. Lecoultre fut chargé de l'enseignement théorique des pièces compliquées. Excellent dessinateur, il donna aussi le dessin technique à ses élèves.
En 1935, M. F. Lecoultre quitta l'Ecole d'Horlogerie pour prendre une retraite bien méritée. Mais il continua à travailler les pièces compliquées, les grandes sonneries, les quantièmes de tous genres. Il voua tout son temps de libre à élaborer le travail que j'ai l'honneur de préfacer. Et voilà pourquoi je disais que l'auteur était le mieux qualifié pour traiter cette question qui, comme ses montres, est compliquée.
Je souhaite vivement que cet ouvrage devienne le guide et le conseiller avisé de nos jeunes horlogers.
EUGENE JAQUET
ANCIEN DIRECTEUR DE L'ÉCOLE D'HORLOGERIE DE GENEVE